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Libération : Dans la nasse de Cherbourg

Par Pierre-Henri ALLAIN QUOTIDIEN : jeudi 11 octobre 2007

samedi 27 octobre 2007, par Aude

Dans la nasse de Cherbourg Venus d’Irak ou d’Iran, des centaines de réfugiés se terrent aux abords du port dans l’espoir d’un exil outre- Manche.

Libération http://www.liberation.fr/transversales/grandsangles/283880.FR.php

Cherbourg-Octeville envoyé spécial

Depuis lundi, ils se cachent sans doute dans un bois au flanc de la montagne du Roule, qui domine Cherbourg, la mer et la promesse d’une vie meilleure. Sur décision de justice a été évacué le camp, sans eau ni sanitaires, où une soixantaine de fugitifs s’étaient posés depuis quelques mois. Disparus, les feux de palettes chauffant une gamelle noircie, les tentes rafistolées, les silhouettes emmitouflées dans des couvertures, gisant des heures durant sur le gravier, écrasées de faim et de fatigue. Disparu, le petit Irakien de 12 ans qui jouait sous le regard de sa mère avec un ballon crevé ; le chauffeur de taxi d’une vingtaine d’années venu clandestinement de Téhéran et qui se demandait pourquoi on les traitait « comme des animaux ». Evaporés aussi Farad et Chérin, 21 et 19 ans. Ce jeune couple avait fui Al- Hilla, au sud de Bagdad, à cause « des bombes » et « des terroristes » qui ont égorgé le père de Farad, mimaient-ils geste à l’appui. Personne ne sait où est parti Farid, fils d’un haut gradé de l’armée de Saddam Hussein, ou ces adolescents aux jambes écorchées après une tentative ratée de passage en Angleterre entre les essieux d’un camion. Ou encore ce jeune ingénieur iranien au regard clair derrière des lunettes rafistolées avec du scotch, implorant « des papiers pour travailler ». La notification d’expulsion leur a été remise individuellement le week-end dernier par des policiers, un document en français de plusieurs pages leur précisant les conditions d’un pourvoi en cassation. Chacun a alors remballé ses maigres effets, quelques vêtements, une toile de tente, avant de s’évanouir dans la nature. Tous un peu plus seuls, un peu plus démunis, un peu plus invisibles.

Une multiplication de « petits Sangatte »

« Ce sont des gens que l’on détruit petit à petit, dénonce le père Paul Gaillard, président de l’association humanitaire Itinérance. Des gens que l’on ignore ; sur lesquels on met la pression pour les faire fuir puisque, venant de pays en guerre ou victimes de persécutions, ils ne sont pas expulsables. En les maintenant dans des conditions de vie inhumaines, l’Etat se fait l’allié objectif des passeurs qui sont leur seul recours. Pire que de la non-assistance en danger, c’est une mise en danger délibérée de la vie d’autrui. » Avant le campement de la montagne du Roule, les réfugiés irakiens, iraniens, afghans ou africains, ont été expulsés de quatre autres lieux de la ville, terrains vagues ou bâtiments abandonnés. Le port du Cotentin les draine depuis la fermeture, fin 2002, du centre d’hébergement de la Croix-Rouge de Sangatte, qui abritait des centaines d’exilés près de Calais. Outre la fermeture de Sangatte, les accords signés par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur et David Blunkett, son homologue britannique, ont renforcé les mesures de surveillance au départ de la France et instauré le refoulement immédiat des clandestins qui réussissent à franchir la Manche. Depuis, l’Hexagone fait office de caisson de confinement d’un flux de réfugiés qui ne s’est pas tari, seulement éparpillé entre les différents ports assurant la traversée transmanche.« Nicolas Sarkozy a fait pire que Sangatte, il a multiplié les petits Sangatte », stigmatise le père Gaillard. Pour ces réfugiés parlant à peine quelques mots d’anglais, qui, contre quelques milliers d’euros versés à des passeurs, ont parcouru des milliers de kilomètres via la Turquie, la Grèce, la Bulgarie ou l’Italie, la situation est kafkaïenne. Persuadés de trouver outre-Manche travail et sécurité, très peu d’entre eux font leur demande d’asile en France. Alors ils sont arrêtés, placés quelques jours en centre de rétention puis relâchés car les conventions internationales empêchent de les expulser. Ils sont abandonnés à leur sort dans une zone de non-droit, une sorte de trou noir où ils n’ont aucune existence légale. A ces fugitifs interpellés dans le port de Cherbourg, la préfecture délivre de surréalistes interdictions du territoire. On y lit qu’ « en raison des circonstances internationales actuelles » ou « en l’absence de liaison aérienne avec le pays dont vous prétendez venir, il n’est pas possible de vous reconduire à la frontière. En conséquence, il vous appartient de déférer vous-même à cette mesure et vous devrez quitter le territoire français à destination de tout pays dans lequel vous seriez légalement admissible au plus tard dans un délai de huit jours ». La note précise à l’individu démuni de passeport ou de visa qu’il ne pourra se rendre dans « aucun pays de l’Union européenne ». Autant dire une condamnation à errer sans fin.

A Cherbourg, après avoir toléré leur présence sur le terrain municipal de la Montagne du Roule, le député-maire socialiste Bernard Cazeneuve a décidé de saisir le tribunal administratif pour qu’ils soient délogés. Son but, au risque de passer pour un « supplétif des lois sarkozystes » comme l’accusent certains : mettre l’Etat face à ses responsabilités. « L’Etat considère que le problème n’existe pas, souligne-t-il. Sauf que pour nous, il existe bien. Jusqu’à présent, nous avons aidé les associations humanitaires pour fournir des repas ou laver du linge, mais je n’ai aucune marge ni aucun moyen d’action. » Interpellé à l’Assemblée nationale, le gouvernement s’est borné à l’envoi d’une compagnie de CRS dans l’enceinte portuaire. Mais pour le maire, la « politique qui est menée ne règle rien. On ne va pas arrêter l’exode de la misère et de la souffrance parce que M. Sarkozy l’aura décidé ».

Sondes à CO2 et tests osseux

Bernard Cazeneuve s’inquiète aussi de la situation tendue à la gare maritime, et des battes de base-ball dont les camionneurs s’équipent pour dissuader les candidats à la traversée clandestine. En juillet, le chauffeur d’un camping-car a tiré avec un pistolet à grenaille sur un Irakien, le blessant au cou. L’arrestation en juin 2006 de trois passeurs de la communauté kurde irakienne lui fait craindre l’ancrage de filières dans sa ville. Ces trois hommes, âgés de 27 ans et mariés à des Cherbourgeoises, vivaient en ville en taxant les réfugiés. Jusqu’à ce que quatre d’entre eux, trois Erythréens et une Somalienne, qui leur avaient versé entre 200 et 500 euros pour occuper un squat et passer en Angleterre, ne portent plainte à la police, victimes de mauvais traitements après s’être plaints des échecs successifs de leurs tentatives.A Brittany Ferries, qui assure au moins trois départs de fret par jour, on est partagé entre lassitude et sentiment d’impuissance. Les compagnies maritimes doivent payer de lourdes amendes (environ 2 800 euros par individu) lorsque des clandestins ont réussi à franchir la Manche. Et rien ne semble les décourager. Ni les enclos à barbelés qui entourent le parc de véhicules au départ, ni les caméras, ni les sondes à CO2 chargées de traquer la présence humaine, et pas davantage les employés de la société privée engagés pour fouiller poids lourds et camping-cars. Même la compagnie de CRS qui, depuis deux semaines, patrouille toutes les nuits, n’aura été dissuasive que quelques jours. Selon un employé de Brittany Ferries, seize réfugiés ont pu ces jours-ci gagner l’Angleterre à bord d’un ferry avant d’être refoulés. « Les tentatives de passage ont lieu tous les jours, confirme Marie-Thérèse Chauvin, responsable de la compagnie. Ils étaient encore treize la nuit dernière. Ce sont les passeurs qui décident qui tentera sa chance ou non. Et la police de l’air et des frontières passe son temps à interpeller plusieurs fois les mêmes personnes. » A Cherbourg, deuxième port après Calais pour le trafic transmanche, « il en arrive sans arrêt de nouveaux, dit Pascal Besuelle, président du Collectif contre le racisme. Beaucoup sont très jeunes mais, curieusement, les tests osseux auxquels ils sont soumis lorsqu’ils sont interpellés leur donnent toujours 19 ans, comme pour éviter d’avoir à les prendre en charge comme mineurs ». Les associations humanitaires réclament depuis longtemps une gestion du problème à l’échelon européen et une réforme de la politique d’asile. Un réfugié ne peut pas déposer sa demande dans un pays de l’UE pour un autre pays européen de son choix. En Suède, pays qui reçoit le plus grand nombre de demandeurs d’asile irakiens (10 800 pour les sept premiers mois de 2007 selon le Haut-Commissariat aux réfugiés), cette communauté est devenue la seconde du pays avec 80 000 personnes. Stockholm a donc demandé à ses partenaires de prendre aussi leur part du fardeau.En attendant, comme tous les autres soirs, les bénévoles de l’association la Chaudrée ont servi lundi une cinquantaine de repas chauds aux errants chassés du camp de la Montagne du Roule.

 
 
   
   
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