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Ces clandestins au pays d’Ubu

Le Journal du Dimanche, 6 février 2006

Trois ans après la fermeture du camp de Sangatte, l’État disperse à travers la France les étrangers qui errent toujours dans la région de Calais. Candidats au passage en Angleterre, ils reviennent aussitôt.

mardi 7 février 2006


Ils descendent du bus harassés et hagards. Ils n’ont aucune idée de l’endroit où ils se trouvent, si ce n’est qu’ils sont à cinq, huit ou dix heures de route de Calais, là où ils ont été interpellés. Ces Iraniens, ces Kurdes, ces Somaliens attendaient sur les rives de la Manche le bon moment pour passer en Angleterre, l’eldorado supposé. Arrêtés par la police, il leur a été proposé d’être hébergés brièvement dans un Cada, un centre d’accueil pour demandeurs d’asile. Ils ont accepté, sans vraiment comprendre qu’ils allaient être transférés au loin.

Plusieurs fois par semaine, à la nuit tombée, des minibus ou des cars sortent des locaux de la police de l’air et des frontières, face au terminal transmanche. A leur bord, une poignée de policiers et 10, 20, 30 étrangers sans-papiers. « On en emmène un peu partout à travers la France », assure un policier. En réalité, les demandeurs d’asile partent le plus souvent pour la Lorraine et l’Alsace, où la Sonacotra possède plusieurs foyers vides en passe d’être démolis ou rénovés. Le transfert se fait dans la plus grande discrétion.

Début décembre, Gérard Cronenberger, le maire d’Ingersheim, une petite commune près de Colmar (Haut-Rhin), a été prévenu quelques minutes seulement avant l’arrivée d’un premier car. Dans le courant du mois, quatre autres ont suivi. Il raconte : « J’ai chez moi un foyer pour immigrés retraités que j’avais fait vider de ses occupants le temps de le rénover. La première fois, j’ai vu arriver une vingtaine de gars de 18-20 ans, crevés, ne parlant pas un mot de français et souvent même pas l’anglais, ne sachant pas où ils étaient, n’ayant rien sur eux, ni vêtements de rechange, ni nourriture. J’ai demandé à un des policiers s’ils allaient les laisser là, comme ça. » Il m’a répondu : « Maintenant qu’ils sont chez vous, ce n’est plus de notre ressort. » Je me suis alors tourné vers la préfecture. On m’a dit : « C’est pas bien grave. Dans le bus, ils sont au chaud, et puis ça leur fait voir du pays !" Voilà comment Sarko traite ces gens. C’est d’un cynisme sans nom ! »

Les autorités répondent que la région de Calais ne possède pas assez de lieux d’hébergement d’urgence. Que les places disponibles sont actuellement réquisitionnées dans le cadre du plan « grand froid », dont ont bénéficié plusieurs dizaines de demandeurs d’asile. Que les autres foyers sont propres, confortables et que des migrants se sont même sédentarisés dans l’Est dans l’attente de se voir délivrer un improbable titre de séjour. Mais aucun des sans-papiers débarqués à Ingersheim n’y est resté. Le maire se souvient même que, dès le lendemain de la première arrivée, le foyer était de nouveau vide. « Ils disaient tous : "England, England !" Et de fait ils sont tous repartis. On leur à fait faire 600 kilomètres en bus aux frais de l’État, pour rien. »

La méthode employée scandalise aussi les dirigeants de France Terre d’Asile. Pierre Henry, Directeur général de l’association, était, comme le ministre de l’Intérieur, favorable à la fermeture du camp de Sangatte, reconnaissant qu’il n’était plus possible de faire vivre 2 500 hommes dans un hangar. « Mais si c’est pour les laisser crever de froid dehors ou les disperser à travers la France, ça ne sert à rien », lance-t-il.

Pierre Henry ajoute que l’Angleterre est toujours considérée par les migrants comme un paradis : « A tort, mais c’est comme ça. Ils feront donc tout pour y passer. Alors, quel besoin la France a-t-elle de surveiller à ce point la frontière anglaise ? Les Italiens ou les Espagnols n’en pas autant pour nous. Mais au nom de traités internationaux, la France fait le boulot de la police anglaise comme les migrants sont quasiment toujours aussi nombreux à Calais, voici la seule solution qu’a trouvée Nicolas Sarkozy : les mettre dans bus. C’est d’une inefficacité totale. On est au pays du père Ubu. A ce compte-là, on peut aussi remplir dizaines de cars et leur faire faire tour du périphérique parisien pendant des jours. Juste pour prétendre qu’il n’ y a plus de migrants à Calais. »

Cette semaine, dans les terrains vagues et les bois où mangent, traînent et dorment dans des conditions épouvantables des centaines de personnes, plusieurs hommes racontaient comment ils ont échoué près de la « german boarder », la frontière allemande. Un Iranien assure qu’il était encore en Lorraine il y a une douzaine de jours et qu’il s’est débrouillé pour revenir aussitôt en train et à pied. Un Éthiopien revient de Bourgogne, un autre de la frontière luxembourgeoise. Ils y sont restés une, deux ou trois nuits maximum. Un Iranien dit avoir fait quatre fois l’aller-retour Calais - Alsace. II se souvient même que la première fois, en descendant du bus, un policier compatissant a déployé une carte de France, a pointé du doigt Colmar, où il venait d’arriver, et lui a discrètement indiqué l’itinéraire à suivre pour regagner Calais.

De Calais

Envoyé spécial Alexandre Duyck

 
 
   
   
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